Déjà décoré de la Croix de guerre 1914, Jacques a reçu la Croix de guerre 1939 « avec étoile d’or » pour son action de résistant dans les Forces françaises combattantes (FFC) comme l’indique cette citation du 25/07/1945 signée par le Général Juin, Chef d’Etat-Major Général de la Défence Nationale, par ordre du Général de Gaulle, alors Président du Gouvernement Provisoire de la République Française.
Lucie et Jacques ont intégré les Forces françaises combattantes (FFC) à leur retour à Saint-Mandé où Jacques avait été affecté comme directeur de l’Institut des jeunes aveugles après avoir demandé sa mutation alors qu’il avait suivi le gouvernement à Vichy avec femme et enfants, et même Mémée (Madeleine Dumont, ép. Pierre Moureau) comme on les voit sur cette photo.
En tant que haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur Jacques avait déménagé à Vichy en « zone libre » lorsque le gouvernement Pétain s’y était installé après l’invasion allemande. Il faisait déjà partie d’un réseau de résistance de fonctionnaires français de Vichy (d’anciens combattants de la première guerre mondiale, a priori). Il avait vécu la guerre de 1914-18 dans sa chair et l’idée qu’un gouvernement français collabore avec « les boches » lui était insupportable. Il avait donc demandé son transfert à Paris en « zone occupée » pour se rapprocher de la résistance.
Document archivé au ministère de la Défense (Château de Vincennes)
Son épouse Lucie fut également engagée dans les FFC et participa en pleine connaissance de cause aux actions de son mari, même si elle n’est pas mise en avant dans les citations de son mari. Autre époque…
Document archivé au ministère de la Défense (Château de Vincennes)
Lucie et Jacques ont hébergé à plusieurs reprises à Saint-Mandé des officiers de renseignement français recherchés par la police allemande, ainsi que des aviateurs alliés abbatus lors des campagnes de bombardement autour de Paris.
Leur fille Françoise (1928-2012) se souvenait qu’effectivement, « parfois, le soir à dîner il y avait des hommes qui parlaient mal le français ». Il s’agissait sans doute d’aviateurs anglophones qui étaient ensuite exfiltrés vers le Royaume-Uni via les réseaux de résistance bertons.
Document archivé au ministère de la Défense (Château de Vincennes)
Le 10 septembre 1956, Jean-Yves Moureau (21 ans) a épousé Bernadette Argaud (22 ans mais elle a longtemps voulu cacher qu’elle était légèrement plus âgée que son mari 😊).
C’est Nicolas Deren, cousin de Bernadette, est au volant de la voiture de son père qui emmène les nouveaux mariés.
Bernadette et sa famille étaient originaires du Lavandou qui a l’époque était un délicieux port de pêche provencal. Bernadette nous a longtemps raconté son enfance dans ce village lorsque, enfant, elle devait traverser les vignes pour aller se baigner dans la Méditerranée.
Leur mariage s’est évidemment déroulé dans ce lieu.
1956 – Mariage de Jean Moureau avec Bernadette Argaud.
Encore une photo de la famille Moureau exhumée de vieux cartons. Elle date de 1935, l’année de la naissance de Jean, dans les bras de sa mère Lucie. C’est le salon de la maison de Maisons-Laffitte que possédaient Jacques et Lucie avant la guerre de 1939-1945
On reconnait de gauche à droite :
« Mémène » qui a été la fidèle servante de la famille à Maison-Laffitte et peut-être rue de Médécis après la guerre ? Françoise et Jean ont maintenu le contact avec elle et son mari « Biel » jusqu’à leur décès dans les années 1970.
Lucie tenant Jean dans ses bras
Jeanne dite « Mamy », la mère de Lucie
Jacques
Françoise
Les deux chiens sont Plich et Ploch
Accrochés aux murs, diverses armes dont certaines sont maintenant chez Thomas et Dominique. Le plateau en cuivre est chez Hervé, il est sans doute un souvenir rapporté par Pierre Moureau lorsqu’il commanda la flotte française en Algérie. Le buffet sur la gauche a fini ses jours à Trébeurden chez Hervé et la maquette du bâteau en bois est chez Thomas, repeinte à neuf.
Une photo du frère et de la soeur retrouvée dans de vieux cartons. Elle doit bien dater des années 1940, pendant la guerre ou juste après, bref d’une époque où l’Europe était dévastée. Leur jeunesse semble avoir surmonté les horreurs d’une période au cours de laquelle ils furent relativement préservés par des parents aimants qui prenaient, eux, les risques dans la résistance.
Françoise (1928-2012) et Jean (1935-2020) ont néanmoins parlé toute leurs vies de leurs souvenirs de cette période et des « Boches » qui défilaient dans les rues et que l’on croisait dans le métro. Françoise a passé son bac le 6 juin 1944 alors que les alliés débarquaient en Normandie. Modeste, elle a touours dit que cette année « on l’a donné à tout le monde ! »
Ils étaient très proches dans leur jeunesse, la première âgée de plus de sept ans, ayant largement participé l’éducation du second du fait de la suroccupation de leur mère Lucie au Ministère du Travail, à une époque où il était peu courant que les femmes se retrouvent à ce niveau de hiéarchie, et de la guerre.
Hervé apprend à nager à La Baule, en vacances avec les Flamant, sans doute en 1963. Sa mère Françoise appelait au téléphone tous les jours pour s’assurer que la leçon de natation avait bien été suivie… On ne plaisante pas !
Retrouvée dans un volume du Candide de Voltaire, offert par Jacques à Lucie pour Noël 1949, cette dédicace un peu mystérieuse de Jacques à son épouse, évoquant « l’orage sur [un] jardin »… On ne sait pas précisément à quoi il est fait référence. Peut-être « l’orage » dans leurs relations ? Ou celui de temps encore bouleversés par la guerre qui s’est terminée à peine deux années et demie auparavant, laissant l’Europe et la France encore sens-dessus-dessous ?
L’introduction est également étrange : « Moi. bon et dense ». D’ailleurs est-ce bien le mot « dense » ?
Quoi qu’il en soit, le volume offert est magnifique, relié en cuir clair, pour un texte important de la littérature française. C’est un très beau cadeau que Lucie a dû apprécier à sa juste valeur, malgré « l’orage ». Il est toujours dans la famille.